ETIENNE BERNET

LES ARMEMENTS BALEINIERS HAVRAIS AU XIXe SIÈCLE

L’histoire des armements baleiniers français commence au XVe siècle. Plusieurs documents attestent de la présence des Basques sur les côtes du Labrador et de Terre-Neuve dès cette époque.
Ils y chassent la baleine, qui est fondue sur place, à terre, et quant la saison n’est pas bonne, pour ne pas revenir les cales vides, ils y pêchent la morue. Ainsi, ils traversaient l’Atlantique bien avant les grandes découvertes de Christophe Colomb, ou d’autres comme Verazano. Il est à peu près acquis aujourd’hui que Christophe Colomb avait embarqué des pilotes Basques, plus vraisemblablement des Dieppois, lorsqu’il découvrit l’Amérique.
Les Basques armaient alors chaque année pour ces campagnes de pêche à Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent. Ils sont considérés comme les grands spécialistes de cette pêche sur cette période précise de l’histoire maritime ; tel le célèbre capitaine-armateur de Bayonne, Jean Vrölick.
Pendant deux siècles, eux seuls - chassent ou pêchent - la baleine : * Rappelons que cet animal est un mammifère ; les deux expressions sont donc utilisées quand on parle de cette industrie. * Rappelons aussi que l’objectif premier de cette industrie est la production d’huile utilisée pour l’éclairage ; c’est aussi le seul lubrifiant fiable existant à cette époque, il le restera longtemps, jusqu’à l’arrivée du pétrole et de ses dérivés.
À la fin du XVIIe siècle, les ports Basques, qui sont petits, s’ensablent et ne peuvent plus accueillir les bateaux de fort tonnage nécessaires pour ces longues campagnes de pêche. Ceci a pour effet que les Basques se désengagent de la grande pêche, et les autres ports, n’ayant pas les navires ni les équipages formés, ne tentent pas la relève. Ainsi, pendant presque un siècle, la France n’arme plus pour chasser la baleine. Si elle le fait, c’est très épisodiquement, ce qui ne suffit pas pour approvisionner le pays.
Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour que des armateurs baleiniers américains s’installent à Dunkerque. Ils sont appelés, à grand renfort de primes et d’exonération de taxes, par Louis XVI, pour recréer une industrie baleinière en France. L’objectif est alors de nous affranchir de la dépendance de l’Angleterre, de la Hollande, ou d’autres pays Européens, pour la fourniture d’huile.
Ces armateurs sont des Quakers de Nantucket : Benjamin Hussey, le premier Nantuckois a se fixer à Dunkerque, suivit par Wiliam Rotch et son fils François, qui arrivent en 1785, assisté d’un négociant américain, installé à Dunkerque, Coffyn. Venus d’Amérique, ils sont arrivés avec leurs navires, leurs capitaines et les équipages nécessaires. Ils armeront également des navires baleiniers depuis Lorient.
Hélas, l’expérience est de courte durée ; ces armateurs quittent la France, en 1793, quand les forces coalisées déclarent la guerre à la France révolutionnaire, troubles qui, avec les guerres d’Empire, mettent fin aux armements commerciaux français pour plus de vingt ans.
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Après ce court historique de l’arment baleinier français sous l’ancien régime, nous arrivons au sujet qui nous intéresse : le XIXe siècle et le port du Havre, où l’armement baleinier fut le plus important de France.
Les Traités de Paris, de 1814 et 1815, ont mis fin aux guerres d’Empire. Pour relancer la chasse à la baleine et s’affranchir de la dépendance des approvisionnements étrangers en huile, une Ordonnance Royale, du 8 février 1816, accorde une prime de 50 F par tonneau de jauge, à tout navire expédié à la pêche des “cétacés ou amphibies à lard”, soit dans les mers du Nord, soit dans les mers du Sud. Prime doublée pour tous les navires qui passent le Cap Horn ou franchissent le Détroit de Magellan.
L’affaire doit être intéressante, puisque, dès 1817, des armements baleiniers sont engagés en France : * À Nantes, Thomas Dobrée arme, le Nantais * À Bordeaux, l’armement Fretté et Cotineau, arme l’Harponneur.
C’est là qu’entre en scène l’Américain Jérémiah Winslow, le grand armateur havrais.
Capitaine au long cours, il commanda le Massachusetts, à plusieurs reprises, avant d’en devenir seul propriétaire le 3 décembre 1816. Il en fait un navire baleinier, à New-Bedford, et c’est à bord de ce navire, commandé par le capitaine David Baxter, qu’il embarque et arrive au Havre en janvier 1817. Le 8 mai de la même année, Jérémiah Winslow demande la francisation, au Havre, de deux navires nantuckois destinés aux grandes pêches, le Massachusett et l’Archimède, francisation qui lui est accordée. Les deux navires partent en campagne le 2 avril et le 29 novembre.
En cette année 1817, les quatre navires baleiniers armés en France représentent 1 346 Tx ; ils coûtent à l’État 45 550 F de primes pour un équipage, dont moins de la moitié est française : 38 marins seulement pour 99 hommes embarqués. Les équipages sont principalement constitués de marins américains expérimentés, les capitaines sont tous nord-américains, de Nantucket ou de New Bedford.
Pendant 40 ans, la domination des capitaines américains qui armeront les navires baleiniers français ne manquera pas de poser des problèmes, notamment pour l’attribution des primes.
Douze navires sont armés au Havre en 1818, les capitaines de l’époque allaient pêcher sur les côtes du Brésil ou sur les côtes de l’Ouest africain. Ils faisaient alors de courtes campagnes de huit à dix mois. Les campagnes s’allongeront avec le temps. Les bateaux vont aller partout dans le monde, dans les coins les plus reculés où aucune voie de navigation n’existe. Ils vont être les découvreurs de nouvelles terres. Leurs rapports de campagnes seront de précieuses sources d’information pour les géographes.
Sur les 48 navires armés en France pour la pêche de la baleine - de 1817 à 1822 - dix le sont par Jérémiah Winslow installé au Havre, 15 rue des Pincettes. La moitié de ses capitaines est d’origine américaine, la plupart étant des quakers : Bunker, Coffin, Joy, Swain, Gardner, et d’autres.
Mais en 1822, le gouvernement de Louis XVIII déclare la guerre aux libéraux d'Espagne, il s'en suit une grande insécurité sur les mers pour les navires de commerce français. Pour protéger sa flotte, Jérémiah Winslow, repart dans son pays d'où, depuis New-Bedford, il arme ses navires neutralisés sous pavillon américain.
En 1825, Jérémiah Winslow est à la tête d’une flotte de six navires, et le calme étant rétabli, il en fait revenir trois au Havre : le Bourbon, le Massachusetts et le Maryland. Ces trois navires sont armés pour la pêche à la baleine avant leur départ de New-Bedford, et Jérémiah Winslow profite de ces voyages de retour pour revenir au Havre et ramener les équipages expérimentés dont il a besoin et qui font défaut en France.
Prudent, il laissera provisoirement les trois autres navires sous pavillon américain : le Georges & Albert, seul en pêche à cette date, l’Archimèdes et l’Entreprise. Ils regagneront Le Havre dans l’année.
Sur la liste des passagers du Maryland, commandé par le capitaine Coffin, lors de son voyage de New Bedford au Havre en 1825, on trouve à bord les frères Walch : James, âgé de 28 ans, et Richard, âgé de 15 ans, qui feront souche au Havre et dont j’ai pu retracer la longue carrière de capitaine baleinier. Ils seront embarqués sur ce même Maryland qui quitte Le Havre, le 30 juillet 1825, James comme deuxième lieutenant et Richard comme mousse.
Le Maryland est alors le plus grand navire baleinier du Havre, jaugeant 505 tonneaux, gréé en trois-mâts carré. Commandé par le capitaine américain Coffin, le second, comme sur tous les bateaux de cet armement, est un officier français. À partir de 1825, Jeremiah Winslow va armer chaque année plusieurs navires pour des campagnes baleinières. En 1830, il compte huit navires en campagne pour un ensemble de 3 442 Tx.
À cette époque, les équipages des navires baleiniers comptent de 30 à 35 hommes, état-major compris. La composition en est régie par les lois définissant le régime des primes accordées par le Gouvernement. Sur le Massachusetts, l’équipage est composé de 34 marins : 21 étrangers et 13 Français.
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Jérémiah Winslow réussit trop bien, ses adversaires l’attaquent, l’accusant de donner du travail aux étrangers plutôt qu’aux Français. Winslow réplique que si il emploie effectivement beaucoup d’étrangers c’est que les marins français répugnent à pratiquer cette pêche.
Mais les effets vont être immédiats : une Ordonnance du 7 décembre 1829, dispose que la pêche est dite “francisée”, c'est-à-dire que les primes d’encouragement sont accordées sous réserve que les navires soient construits en France, et que les équipages soient composés d’au moins deux tiers d’officiers et de harponneurs français.
Cette Ordonnance gène Winslow qui ne veut pas employer de marins inexpérimentés. Il décide alors d’armer ses navires en renonçant à ses droits sur les primes ; mais ceci qui va l’amener à prendre la nationalité française, comme 35 autres marins Américains qui travaillent pour lui.
Winslow n’avait jusqu’alors que peu de concurrents, principalement les armateurs Bruneau Frères et Martin Lafitte, qui armaient cinq navires. À partir de 1830, les armements havrais se multiplient : Pierre Mauger, Duroselle, Gaudin, Lefèvre et Vacquerie, Levasseur, Guillot Frères, Fouache, Lamotte, Barbé et Girod, Ballot, Bossière, Boyenval, et d’autres ; une concurrence active qui se met en place
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Les différentes ordonnances relatives à l’octroi des primes d’encouragement - notamment celle sur la “francisation” des armements - provoquent la construction en France de navires baleiniers, notamemnt par les chantiers havrais ; certains, dès 1819, par les Chantiers Augustin-Normand, qui en construiront huit :
Le Harponneur, navire de 29 m, pour l’armement Bruneau Frères, en 1819, et l’Actif, navire de 30 m, pour l’armement Martin Lafitte.
En 1822, l’Hirondelle, navire de 28 m, et en 1823, le Cérès de 30 m, tous deux pour Martin Lafitte, armement qui compte maintenant quatre navires.
Dix ans plus tard, en 1832, les Chantiers Augustin-Normand mettent en construction trois navires baleiniers : le Liancourt, pour Winslow, puis le France et le Cachalot, pour Pierre Mauger. C’est le capitaine James Walch, homme d'expérience et sans doute de solide réputation, que Pierre Mauger choisi pour prendre le commandement du France. Étant à terre, il participe à la mise au point de ces navires en qualité de capitaine d’armement.
Lancés à la fin de l’année 1833, le France et le Cachalot, comme toutes les unités sorties de ce chantier, sont d’une construction particulièrement soignée et ce sont les plus beaux navires baleiniers de leur époque. Ils mesurent 39 m à la flottaison, 9 m de largeur, pour 5,90 m de creux.
Enfin, en 1836, Pierre Mauger fait mettre en chantier un nouveau navire : l’Adèle, toujours par les chantiers Augustin-Normand. Comme il l’avait fait, quatre ans plus tôt, il confie à James Walch la responsabilité d'en suivre la construction et de procéder à son armement. Ce voilier, gréé en trois-mâts carré, est lancé au début de l'année 1837. Il mesure 38 m à la flottaison, pour une jauge de 478 tonneaux ; il part pour sa première campagne le 16 août 1837.
Voilà, pour les navires construits au Havre, d’autres le seront dans d’autres ports : * à Granville, le Duc d’Orléans, en 1831, et la Manche, en 1836, * à Paimbœuf, le Winslow, en 1852, etc.
Comme on le voit, les différentes ordonnances de francisation de l’armement baleinier ont porté leurs fruits.
En 1831, la querelle continue en ce qui concerne la nationalité des équipages et des capitaines. Beaucoup de personnalités du milieu maritime continuent de réclamer qu’une plus grande place soit faite aux équipages français. Mais les équipages sont de plus en plus difficiles à composer.
C’est ainsi que pour permettre le départ des navires armés par Jérémiah Winslow, en 1832, le ministère de la marine accepte de considérer comme français quatre capitaines américains ayant effectué plusieurs campagnes pour des armements français : James Walch, Samuel Earl, Gilbert Smith et William Cargill. Cette reconnaissance leur permet de continuer d’exercer leur commandement sur des navires français, en attente de leur naturalisation.
Toutefois, en 1834, compte tenu des différends continuels entre Winslow et les capitaines baleiniers, une nouvelle Ordonnance prévoit : qu’aucun étranger, même assimilé, ne peut plus être capitaine d’un navire baleinier français. C’est ainsi que Samuel Earl, Gilbert Smith, Charles Hathaway et William Peters, furent rétrogradés au rang de second capitaine.
Devant la situation ainsi créée, le ministre de la Marine est amené à demander des conditions d’urgence pour la naturalisation de plusieurs capitaines américains, afin de permettre l’armement des navires baleiniers tout en garantissant le respect de l’Ordonnance.
Il faut rappeler que l’enjeu est l’approvisionnement de la France en huile de baleine. Le conflit va durer et, les uns après les autres, les capitaines américains qui ne peuvent être naturalisés vont rentrer chez eux, laissant la place aux Français qui n’auront pas les mêmes réussites.
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Tous ces capitaines baleiniers ont leur cercle particulier au Havre, au n° 10 de la rue Molière, "là ou ils aimaient se réunir et traiter leurs amis". Fournisseurs, armateurs et négociants sont parfois leurs hôtes. Winslow y vint plusieurs fois, il y rencontrait Gaudin, le tonnelier qui fournissait les futailles, Levasseur, qui épurait les huiles, de Conink, qui installa le premier dock flottant au Havre, Nilus, le fondeur, Lefort, Deliquaire, Thaler, Fossar qui construisaient les pirogues.
Ces capitaines, un peu particuliers, vivent en grands seigneurs et font des dépenses somptuaires ; très populaires : les Walch, Casper, Gilles, Le Tellier et bien d’autres, ont laissé le souvenir d'une générosité exceptionnelle.
Mais ces capitaines américains ont souvent un caractère difficile et belliqueux. Très autoritaires, ils sont habitués à mener leurs hommes beaucoup plus durement qu’on ne le fait sur les navires de commerce français. Ils ont bien peu de considération pour les marins français ; selon l’expression tant de fois répétée à cette époque : “les marins étrangers étaient traités comme des hommes et les marins français comme des esclaves”.
On peut accepter l’idée de ces brutalités, si on veut bien imaginer ce que devait être l’exercice de l’autorité sur un si petit navire, monté par plus de 30 marins, pendant de si longues campagnes.
On sait qu’au début, vers 1820, les campagnes étaient courtes, de 8 à 10 mois, identiques aux campagnes pêche à la morue à Terre-Neuve. En 1834-1836, les campagnes sont déjà de 20 mois et plus. C’est le début des grandes campagnes dans le Pacifique où l'on explore de nouvelles zones de pêche. Avec le temps, les baleines sont pourchassées partout dans le monde, et leur raréfaction impose aux navires des campagnes de plus en plus longues pour remplir leur cale.
C’est Richard Walch, parti du Havre le 16 juillet 1844, sur le France, de l’armateur Pierre Mauger, qui le premier chasse la baleine franche du Groenland, celle-ci a l’avantage de produire beaucoup plus d’huile et de plus grands fanons. Cette découverte est confirmée par l’historien américain Starbuck, qui affirme que les premières baleines franches du Groenland ont été tuées en 1843-1844. Cette campagne est exceptionnellement longue, elle va durer presque trois années, le navire ne rentrant au Havre que le 17 mai 1847.
Les dernières campagnes de navires armés au Havre vont durer plusieurs années. Le Winslow, dernier baleinier havrais commandé par le capitaine français Laurent Labaste, parti du Havre le 26 décembre 1864, n’y revient que le 16 juillet 1868, soit après trois ans et demi d’absence.
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En 47 ans, de 1817 à 1864, Le Havre a armé pour la chasse à la baleine plus de 450 navires.
En 1817, deux navires seulement sont envoyés en pêche ; mais déjà 12 en 1818. En 1832, 18 navires, en 1837, l’année la plus forte, 35 navires de plus de 400 tonneaux, montés chacun par une trentaine d’hommes d’équipage, mais, on passe brutalement : de 24 en 1844 à 9 en 1845.
Dans les années qui vont suivre, on n’armera jamais plus de huit navires par an, faute d’hommes pour former les équipages. La désaffection pour cet armement est bien engagée. Pendant que certains navires sont en pêche, il n’est fait aucun armement en 1855, aucun en 1861.
Les causes sont nombreuses mais essentiellement économiques.
Au milieu du siècle se développe rapidement le commerce entre l'Europe et la Côte Ouest de l'Amérique du sud ; principalement le Chili pour le transport du nitrate.
Les besoins en navires et en capitaines sont énormes. Beaucoup de navires baleiniers déjà vieux ou peu rentables, sont rachetés par des armateurs pour faire ce commerce et les capitaines baleiniers, qui connaissent bien les côtes de l'Amérique du Sud, trouvent facilement à s'embarquer comme capitaines aux longs cours. Tout ceci accélère le déclin.
Jérémiah Winslow meurt en 1858 ; l’armement lui survit encore dix ans sous la direction de son fils Édouard qui armera le Winslow, du nom de son père, dernier navire de l’armement.
En juillet 1868, le retour du Winslow parti en campagne depuis 1864, met fin à 47 ans d'armement baleinier français. Si le Winslow est le dernier navire baleinier rentré, c’est le Gustave, d’Émile Bossière, qui est le dernier navire de grande pêche armé au Havre ; étant en campagne, il est condamné pour vétusté à Papeeté en 1866.
Simultanément le déclin de Nantucket, commence lui aussi avec la raréfaction des baleines ; se précipite lorsque décroît le prix de l'huile ; le pétrole, produit de remplacement, est arrivé sur le marché.
Ce déclin, visible dès le milieu du XIXe siècle, est chose accomplie quand un baleinier, pour la dernière fois, débarque sa cargaison à Nantucket le 14 juin 1870.
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Étant à Fécamp, nous aurons une petite pensée pour les capitaines baleiniers Jean-Hyacinthe Gilles, le père, et Alphonse Armand Gilles, le fils, tous deux natifs de Fécamp.
Le père, Hyacinthe, né à Fécamp en l’an sept de République une et indivisible (pour ceux qui savent, c’est l’année 1798), capitaine au long cours, commande successivement : * Le Cachalot, de l’armement havrais Mauger, pour une première campagne, du 11 juillet 1835 au 17 avril 1837. Il pique 40 baleines, n’en traite que 23, ramenant 1 700 barils d’huile et 262 paquets de fanons. * Il repart sur le trois-mâts Indien, de l’armement Ballot, pour une campagne, du 24 juin 1837 au 13 avril 1839. Très mauvaise campagne, il pique de nombreuses baleines, mais n’en traite que 7, ne ramenant que 400 barils d’huile et 72 paquets de fanons.
Le fils, Alphonse, plus heureux que le père, commande successivement deux navires :
* Le trois-mâts Manche, de l’armement Gaudin, pour quatre campagnes :
la 1re, de 18 septembre 1841 au 21 février 1844
la seconde, du 8 mai 1844 au 9 avril 1847
la 3ème, du 9 novembre 1847 au 26 mars 1850
la 4ème, du 9 septembre 1850 au 8 mai 1854.
* Il prend alors le commandement du trois-mâts Gustave, de l’armement Chalenge et La Harpe, pour deux campagnes :
la 1re, du 9 novembre 1854 au 4 avril 1858.
la seconde, du 7 octobre 1858 au 20 juin 1862
On est à l’époque de la guerre Sécession américaine, pendant cette campagne, il sauve plusieurs équipages de navires baleiniers de Nantucket, coulés par des navires corsaires sudistes.
Parti du Havre, pour une troisième campagne sur ce navire qui appartient maintenant à Émile Bossière, le 22 avril 1863 ; il meurt à bord.
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Voilà un peu rapidement retracer une grande aventure maritime dans laquelle Le Havre a joué un très grand rôle. Je pourrais une autre fois vous raconter une campagne de pêche baleinière, ce qui compléterait bien ce cours exposé.

Je vous remercie de votre attention.