CHARLES Ier, dernier Empereur d'Autriche, 1887 - 1922 Conférence faite au Rotary-Club de Fécamp le 11 février 2011
par Jacques Lefebvre
Charles 1er (1887 - 1922) Charles Ier d’Autriche, ou l’Empereur qui n’aurait pas dû l’être…
Petit rappel chronologique : petit-neveu de l'empereur François-Joseph (1830-1916, règne : 1848-1916), il devient l'héritier du trône
après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914 lors de l’attentat de Sarajevo. Il prendra la succession de son
grand oncle en novembre 1916. Ses titres : Empereur d’Autriche, roi de Hongrie, roi de Bohème mais si son couronnement comme roi de
Hongrie eut lieu à Budapest le 30 décembre 1916, il ne fut jamais été couronné empereur d'Autriche, ni roi de Bohème.
Quand il prend le pouvoir, à la tête d’une dynastie fondée au XIIIème siècle par son ancêtre Rodolphe, la guerre de 1914/1918 exerce
ses ravages depuis deux ans, opposant les forces des Etats de ce qui formait à l’origine, en 1914, la Triple Alliance fondée en 1882 –
Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie – à ceux de la Triple Entente créée en 1907 – France, Royaume-Uni, Empire russe – , l’Italie ayant
rejoint les Etats de la Triple Entente en 1915.
Jeune au moment de son avènement, il aspire à moderniser le vieil empire de la dynastie des Habsbourg ; les évènements ne lui en
procureront jamais l’opportunité : la guerre, certes, mais aussi ses peuples : Germaniques, Magyars, Slaves, Italiens et autres dont la
défaite exacerbera les sentiments nationalistes.
Très religieux, il se considère comme le champion de la chrétienté en Europe et le défenseur de l’Eglise catholique qui, en 2004, soit
quatre-vingt-deux ans après sa mort, reconnaîtra ses qualités en le proclamant bienheureux, sur décision du pape Jean-Paul II.
Le 21 octobre 1911, il épouse la princesse Zita de Bourbon-Parme (1892-1989), fille de Robert Ier, duc de Parme. Ils auront huit enfants,
dont leur fils aîné Otto, né en 1912 et toujours vivant. Le procès en béatification de Zita a été ouvert le 10 décembre 2009.
Carte de l'empire Austro-Hongrois
Carte de l'Autriche
Charles Ier n’a pas attendu de devenir Empereur pour remplir son devoir dans cette tragédie qu’est la guerre. Il est nommé Général d’Armée le 1er novembre 1916 mais cela ne l’empêche pas de tenter d’épargner le sang des soldats et de mesurer les menaces que le
conflit engendre sur l’avenir de l’Empire, partageant les convictions de son grand-oncle qui, depuis plusieurs mois, cherche comment
mettre fin à l’hécatombe. Le 9 octobre, il supplée François-Joseph à un sommet réunissant l’Empereur (Kaiser) d’Allemagne Guillaume
II, le Maréchal Hindenburg, chef de l’état-major et le Général en Chef des armées allemandes Erich Ludendorff. Convaincu que la
Triple Alliance ne peut plus gagner la guerre, et à la recherche d’une issue et d’un accord avec les puissances de la Triple Entente, il
se heurte à un refus cinglant de la part des Allemands.
Peu de temps après sa prise de pouvoir, et au plus fort de la guerre sous-marine menée par l’Allemagne au début de 1917, ce qui
entraînera l’entrée des Etats-Unis dans le conflit, il délivre à ses deux beaux-frères, les princes Sixte et Xavier de Bourbon-Parme,
mission d’engager des négociations secrètes avec la Triple-Entente.
Le Président de la République française, Raymond Poincaré, reçoit discrètement le prince Xavier à l’Elysée le 5 mars 1917 et édicte les
conditions : restitution de l’Alsace-Lorraine à la France, rétablissement de la souveraineté de la Belgique dont la neutralité a été violée
par l’Allemagne en 1914, restauration de la Serbie. Charles 1er se dit prêt à accepter ces conditions mais n’est en rien certain de voir
Guillaume II les admettre ; sur cela se greffe la position de l’Italie quant à la restitution de ses territoires du Nord du pays : région de
Trieste et du Trentin.
Charles 1er ne renonce pas et en appelle à la médiation du pape Benoît XV et mise sur une paix basée sur le statu quo. Le 20 août, il
propose à l’Allemagne de lui remettre la Galicie, région-tampon de 78000km2 appartenant à l’Autriche aux confins de la Pologne et de la
Lituanie, en échange de la restitution de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne à la France.
Des contacts secrets se poursuivent avec la France jusqu’en octobre 1918. Par ailleurs, malgré la déclaration de guerre, le 7 décembre
1917, des Etats-Unis à l’Autriche, Charles 1er croit que le Président Thomas Wilson n’a pas pour but de détruire l’Empire des
Habsbourg.
Tous ces plans s’écroulent : médiation du pape, conversations avec la France, espoir dans l’attitude de Wilson qui durcit
progressivement sa position en affirmant les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes et qui affirme sa volonté d’ingérence dans la
future réorganisation du continent européen. A cela s’ajoute l’arrivée, à la tête du gouvernement français en novembre 1917, de
Georges Clémenceau qui se fait le symbole de la lutte à outrance et qui va réagir avec virulence à une initiative malheureuse du Ministre
des Affaires autrichien Ottokar Czernin, à savoir l’affirmation publique par Czernin que Clémenceau lui a fait des offres de paix. L’affaire
se terminant par l’obtention, par Czernin, d’une lettre qualifiant Clémenceau de menteur, lettre que lui remet Charles 1er après que
Czernin l’ait menacé d’une invasion allemande conduisant au renversement de la dynastie et à sa propre nomination au poste de
Chancelier.
Dans un climat tel, toute négociation ne peut plus exister et la seule solution pour Charles 1er est, a contrario, de renforcer ses liens
avec l’Allemagne aboutissant, le 12 mai 1918, à une convention mettant de fait l’armée autrichienne sous commandement allemand,
ainsi qu’à un projet d’union politique, économique et douanière, sorte d’Anschluss avant l’heure.
Tout converge ainsi vers la fin politique de Charles 1er. Précédent la signature, le 3 novembre 1918 de l’armistice avec la Triple Entente,
un manifeste impérial est publié en octobre, reprenant des idées qu’il défendait avant de régner et proclamant l’organisation de
l’Autriche en un Etat fédéral, avec droit à l’autodétermination. Mais ceci ne se réalisera jamais et, après une brève période de
gouvernement provisoire, la République sera proclamée le 12 novembre 1918, présidée par Karl Renner, social-démocrate, alors que
l’un des principaux artisans de cette transformation, Victor Adler, autre social-démocrate, Ministre des Affaires Etrangères du
gouvernement provisoire, décèdera la veille d’une crise cardiaque après avoir, un temps, préconisé le rattachement à l’Allemagne.
L’autre grande partie de l’Empire, la Hongrie devient, elle aussi, une république dirigée durant quelques mois le communiste Béla Kun,
lui-même renversé par une réaction des partisans de Charles 1er, dont le dirigeant, l’amiral Miklos Horthy, devient Régent du royaume de Hongrie, tout en ayant promis à Charles 1er de lui restituer son trône, tant à Vienne qu’à Budapest.
Ces changements radicaux de régime conduisent l’Empereur à abandonner ses pouvoirs et à s’exiler, tout ayant refusé d’abdiquer. En mars 1921, Charles 1er, qui s’est réfugié en Suisse, revient néanmoins à Budapest rappeler à Horthy sa promesse mais ce dernier n’y
donne pas suite. Autre, et dernière tentative en octobre 1921, où Charles 1er revient avec un petite troupe mais renonce finalement à
son projet afin de ne pas risquer une guerre civile.
Il se réfugie un peu plus tard à Madère où il meurt en 1922 à l’âge de 35 ans.
Son fils aîné, Otto de Habsbourg, né en 1912 et toujours vivant, sera un travailleur inlassable de l’unité européenne en intégrant, à 66 ans, le Parlement européen où il siègera pendant 20 ans tput en conservant ses prétentions au trône jusqu’en 2007, année où il y
renoncera au bénéfice de son fils l’Archiduc Karl von Habsburg-Lothringen.
Charles 1er d'Autriche en militaire
Détails géographiques et humains :
1914: superficie totale de l’Empire austro-hongrois : 676615 km2
population totale : 52 800 000 habitants.
1919 : superficie : 83871km2
population de la République d’Autriche : estimation : 6 000 000 d’habitants
2005 : superficie : 84858km2
Population : 8 151 000 habitants
Rappels historiques :
1867 : Compromis austro-hongrois qui relie le Royaume de Hongrie à l’Empire d’Autriche
1878 : Congrès de Berlin qui relie la province ottomane de Bosnie-Herzégovine à l’Empire austro-hongrois.
Bibliographie :
Le dernier Empereur – Charles 1er d’Autriche 1887-1922, de Jean Sévilla (Edition Perrin)