COLBERT

Jean-Baptiste Colbert est né le 29 août 1619, à Reims. Il était le fils de Nicolas Colbert de Vandières, drapier, bourgeois de Reims, lui-même fils d’un contrôleur des gabelles, anobli en 1595. Colbert sert d'abord dans les bureaux de la guerre, puis comme conseiller d'Etat en 1649. À trente-cinq ans, il entre dans la maison de Mazarin ; il en administre les affaires avec une grande habileté et se fait remarquer par le cardinal qui, en mourrant, le recommande à Louis XIV.
1661 - Colbert entre au service du roi
Colbert entre donc au service de la maison royale à la mort de Mazarin, en 1661. Il commence sa carrière en tant que commis au Bureau des finances et son efficacité lui attire rapidement les faveurs du roi. Il découvre alors les malversations de Fouquet, Surintendant des Finances, et dénonce ses agissements frauduleux. Fouquet est arrêté et le roi nomme Colbert Surintendant des Finances à sa place. Colbert développe alors la théorie selon laquelle : "La puissance politique, militaire et économique d’un pays dépend de la masse monétaire dont il dispose ; l’essentiel est donc de remplir les caisses de l'État par tous les moyens possibles, notamment le commerce (…)".
C'est ce qu'on a appelé le "Colbertisme".
Colbert va obtenir presque tous les postes clé de l'État. Fait rarissime dans l’Histoire, Colbert va collaborer étroitement avec Louis XIV pendant 22 ans. Il va contrôler aussi la Marine royale et, vous l'avez compris, c'est le Colbert Secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies, puis Ministre de la Marine Royale qui m'a intéressé. Vous allez voir qu'on lui doit beaucoup.
1664 - Compagnie des Indes Orientales
Appliquant sa théorie du "Colbertisme", il va prendre des dispositions pour relancer et dynamiser le commerce extérieur, et inciter les armateurs-négociant à investir dans le commerce maritime. C'est donc sur l'impulsion de Colbert, et bâtie sur le modèle des "Compagnies" hollandaise et anglaise, que, le 27 août 1664, est fondée par une : "Déclaration du Roi (…)" et par des lettres patentes enregistrées par le Parlement de Paris, la "Compagnie française pour le commerce des Indes orientales", appelée communément "Compagnie des Indes".
La création de cette compagnie, constituée d'un pool d'armateurs et de commerçants, a pour but de donner à la France un outil de commerce international avec l'Asie et de concurrencer les puissantes compagnies étrangères, comme la "Compagnie hollandaise des Indes orientales", la plus ancienne, et la "Compagnie anglaise des Indes orientales", que l'on confond continuellement, Ces deux compagnies existaient déjà depuis plusieurs dizaine d'années, 1602 pour la Hollande.
L'objet qui lui est assigné est : "(…) de naviguer, de négocier et de commercer depuis le cap de Bonne-Espérance, dans presque dans toutes les Indes et les mers orientales (…)". Ses statuts en font une "Manufacture royale" avec tous les privilèges associés, en particulier l'exemption de taxes, et le monopole exclusif du commerce du coton, de la soie, du thé et des épices, dans l'hémisphère oriental, auquel s'ajoute, au XVIIe siècle, sur les côtes Ouest de l'Afrique, le Sénégal et la Guinée. Dotée d'un capital initial de 8,8 millions de livres, elle bénéficie de la garantie du Trésor Royal, a le pouvoir de nommer des ambassadeurs, de déclarer la guerre et de conclure des traités.
On le voit, la Compagnie Française des Indes Orientales se voit définir des objectifs plus vastes que le suggère son nom et, à priori, l'idée qu'on se fait d'une compagnie maritime . Ces objectifs sont de trois ordres :
- le commerce, bien évidemment, la France va tenter par tous les moyens de concurrencer ses voisins et de lutter contre les produits anglais et hollandais,
- la politique, en contribuant au développement d'une "Marine royale" et en affirmant la présence française sur les mers,
- Enfin la culture et la religion : en propageant la civilisation française et en évangélisant les "païens".
Les initiales VOC qu'on lui attribut continuellement par erreur, sont les initiales de la Compagnie Hollandaise, mais elle a pour devise : "Je fleurirai là où je serai portée".
Les bateaux étaient armés et partaient de Port-Louis, puis de Lorient, à partir de 1666, port nouvellement créé où le siège de la Compagnie est installé. Son premier directeur, nommé par Colbert, est le huguenot François Caron qui dirigera l'armement pendant 30 ans. Ayant installé son siège à Pondichéry en 1676, il parviendra à développer ses activités sur une grande partie de l’Orient. La Compagnie des Indes durera un siècle. Subrécargue
Ce qui est intéressant à signaler c'est que le double commandement à bord des navires de commerce date de cette époque. La Compagnie des Indes Orientales va mettre en place un système de double commandement, hérité des Espagnoles. Il y aura à bord de chaque navire un capitaine-porteur, celui qui conduit la navigation, et un Subrécargue (de l’espagnol "sobre cargo"), qui est le représentant de la Compagnie pour les affaires commerciales. L'un à la responsabilité du voyage ; arrivé à destination, il doit laisser le commandement au représentant de l'armement. Cela paraît simple, mais, faute d'avoir défini clairement qui a l'autorité, notamment sur le choix des destinations commerciales, parfois incompatibles avec la navigation, il y aura bien évidemment de nombreux conflits d'autorité, souvent dramatiques.
Cette pratique va s'installer durablement, puisqu'on retrouve ce double commandement à bord des navires de grande pêche fécampois, jusque dans les années 1950. Le capitaine-porteur était titulaire du brevet de capitaine au long cours ou de maître au cabotage, il conduisait le navire sur les lieux de pêche, et le subrécargue, qui avait la confiance de l'armateur, qu'on appelait aussi "maître de pêche", prenait alors la direction des opérations sur les bancs. On dit souvent que, contrairement à la version officielle, le naufrage du Ginette-Lebogne, en 1951, qui fit douze victimes, est dû à ce double commandement et à la mésentente entre les deux patrons.
Mais, revenons à Colbert.
Une de ses qualités était son énorme capacité de travail, des journées de seize heures ne lui faisaient pas peur et le roi avait une confiance aveugle en cet homme d’une honnêteté exemplaire. Ensemble, ils vont renforcer les pouvoirs de l’Etat et faire rayonner la France partout dans le monde occidental. En 1665, Colbert est nommé Contrôleur Général des Finances ; c'est-à-dire à la fois ministre de l'économie, ministre du budget et ministre des finances, assumant l'écrasante responsabilité de l'économie, obligé de faire face aux guerres coûteuses engagées partout en Europe et aux dépenses immenses du roi, notamment pour la construction de Versailles que Colbert suit en qualité de Surintendant des bâtiments.
1665 - Création des Écoles d'hydrographie
En 1665, reprenant l'Ordonnance de Marcillac, de janvier 1629, connue sous le nom de Code Micheau, qui prescrivait la création d'écoles d'hydrographie dans les principales villes maritimes du Royaume : "(…) afin que le commandement des navires naviguant en haute mer ne fût plus confié qu'à des marins instruits et experts en l'art de la navigation", Colbert, Secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies, crée la première école d'hydrographie et de mathématique, à Dieppe, fondant son choix sur la très grande réputation des cartographes et des pilotes dieppois de cette époque. Elle est suivie, quelques mois plus tard, par celle du Havre, dont le premier maître d’hydrographie, Georges Boissaye du Bocage, avait reçu : "(…) commission pour enseigner et examiner au port du Havre, les pilotes qui voudraient se faire recevoir (...)". Il tenait en sa maison une école privée, depuis 1662.
Les deux écoles, de Dieppe et du Havre, restèrent les seules écoles d’hydrographie du royaume pendant seize années. Les débuts ne furent pas brillants, peu fréquenter, il fallut prendre des mesures spéciales pour leur trouver des élèves et un règlement du port du Havre obligeait les familles comptant trois garçons et plus, à envoyer l'un d'eux à "l'eschole de marine" - on n'hésitait pas sur les moyens - L'enseignement était pris en charge par la ville et dispensé gratuitement ; un arrêté du Conseil d'État, du 20 mars 1669, accordait 100 livres par an "(…) aux maîtres qui enseignent l'hydrographie et le pilotage".
L'école de Fécamp sera créée, plus tard, le 1er août 1743 sur décision du Duc de Penthièvre, Grand Amiral de France. Elle recrutait ses élèves parmi les marins-pêcheurs fréquentant Terre-Neuve et préparait au Brevet de capitaine au long cours et de Maître au cabotage. Ouverte l’hiver, pendant la période de désarmement des navires, les cours y étaient dispensés gratuitement, quatre jours par semaine, et les élèves allaient au Havre ou à Dieppe passer leurs examens.
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Colbert fonde l’Académie des Sciences et l’Académie de France à Rome, en 1666. En 1667, il crée l’Observatoire de Paris, qui existe toujours, près du Trocadéro. Il va obtenir presque tous les postes clé de l'État, dont celui de Secrétaire de la Maison du roi, en 1668.
Réorganisant le développement de l'économie, il incite à l'acquisition de métaux précieux pour asseoir la richesse monétaire du pays, cherche à exporter beaucoup et à importer peu, augmentant les tarifs douaniers pour freiner la concurrence étrangère. Pour accroître le volume des exportations, il fait de la France un immense chantier, créant des manufactures royales, comme celle des "Gobelins", sans doute la plus connue.
Cette politique perfectionniste et dirigiste a ses inconvénients ; les paysans sont sacrifiés, ce qui est une des grandes erreurs de Colbert qui n'avait pas vu en l'agriculture la grande richesse de la France.
1668 - Création de l'Inscription Maritime
Ayant acquis pratiquement tous les pouvoirs, en 1668 il est Ministre de la Marine Royale. Toujours attentif à dynamiser le commerce extérieur, deux ans après avoir créé la Compagnie des Indes, il concède la Guyane, les Antilles, le Canada et la Floride, à la "Compagnie de l’Amérique du Sud", aux mêmes conditions qu'à la Compagnie des Indes, et ce pour 40 ans. Parallèlement à la flotte de commerce qui se met en place sous son impulsion, il fait mettre en chantier une flotte de guerre de 276 navires, dont il confiera le commandement à Abraham Duquesne. Mais il est confronté aux difficultés chroniques du recrutement pour la Marine qui fonctionne, très mal, sur le système arbitraire dit "de la presse", la levée par la force, c'est-à-dire, en temps de guerre, la "capture" dans les localités du littoral des hommes dont la marine avait besoin pour compléter les équipages des vaisseaux du Roi, notamment des galères en Méditerranée.
Tout le monde se souvient des Compagnons de la chanson qui chantaient : "J'ai pas tuer, j'ai pas voler, mais je suis aux galères (…)".
Ce système ne pouvait permettre la montée en puissance d'une marine royale destinée à protéger l'expansion du Commerce extérieur et à combattre les autres puissances maritimes, l'Angleterre qui fut un temps notre alliée, ou la Hollande pour ne citer qu'elles.
En 1668, il va substituer au système "de la presse", le système dit "des Classes", plus souple et plus juste, c'est-à-dire un service par roulement sur les vaisseaux du Roi et le recrutement des équipages parmi les gens de mer. À partir de cette date, obligation est faite à tous les marins d'être recensé auprès des Amirautés, faute de quoi ils ne pourront plus embarquer. Elle prescrit le calendrier suivant :
- Avant le 22 septembre 1668, enrôlement et recensement des gens de mer,
- Avant le 4 septembre 1669, répartition des inscrits maritimes par "évêché",
- Avant le 13 juillet 1670, institution du service des classes, c'est-à-dire du service par roulement sur les vaisseaux du Roi, avec peine de mort pour les déserteurs. Beaucoup de bagnards de Marseille ou de Brest étaient simplement déserteurs, après avoir été enrôlés de force. Il y a un très beau livre de Pierre Mac Orlan sur le sujet : L'ancre de Miséricorde.
Le 23 septembre 1673 sera créée la "Caisse des Invalides", l'ensemble de cette organisation prendra le nom d’Inscription Maritime un siècle plus tard, en 1795 ; elle et toujours en place aujourd'hui.

Colbert-Vauban
Parallèlement Colbert travaille à l'unité et à la défense du pays et pour cela achète le port de Dunkerque aux Anglais, va agrandir les ports de Brest, Cherbourg et Toulon, créer le port de Rochefort et la Corderie royale, mise en chantier en 1666, le plus long bâtiment industriel du XVIIe siècle (373 m), pour ceux qui l'ont vu, d'une grande beauté classique.
C'est là que le tandem Colbert-Vauban va prendre toute sa dimension. Vauban, plus jeune que Colbert de 14 ans, nommé Commissaire Général aux Fortifications est chargé de développer un réseau de fortifications aux frontières du pays, y compris sur sa façade maritime. Il a conçu ou amélioré une centaine de places fortes et de citadelles, comme Dunkerque, Belle-île ou Toulon. Il propose également de répartir le long des côtes des tours d'observation et de défense appelées à protéger les zones où le débarquement ennemi est possible, comme les "cinq sœurs" qui protègent l'ouvert de la Manche : le Stiff (à Ouessant), La Hougue, Tatihou, les Hébihens et cap Frehel.
Parmi les quatorze "sites majeurs Vauban" retenus pour le classement au patrimoine mondial de l'Unesco y figurent cinq constructions maritimes :
- Saint-Vaast-la-Houge, pour les observatoires côtiers,
- Camaret-sur-Mer, un fort à la mer,
- Belle-île-en-mer, pour les défenses insulaires,
- Saint-Martin-de-Ré, un réduit insulaire,
- Blaye/Cussac/Fort-Médoc, pour l e verrou de l'estuaire.
Mais je n'ai pas à revenir sur l'action de Vauban, que notre ami Anne-Marie a si brillamment exposé.
Pour Colbert, en 1672, les choses vont se compliquer, il va entrer en demi-disgrâce à cause de son rival Louvois et de sa trop grande opposition à l'égard de Versailles et des dépenses énormes que sa construction impose :
"Quelle pitié, s'écriait-il, que le plus grand roi, et le plus vertueux de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fût mesuré à l'aune de Versailles ! (…)".
1677 - Première prime à la navigation.
Il reste tout de même aux affaires, notamment en ce qui concerne la Marine. Le 2 janvier 1677, il fait prendre un Arrêté par le Conseil d'État créant une prime d'incitation à la pêche de la morue qui : "(...) ordonne qu’à commencer du jour de la publication du présent Arrêt, il sera délivre par les Commis du Trésorier Général de la Marine en chacune des Villes de La Rochelle, Bordeaux, Nantes, Saint-Brieuc, Saint-Malo et Le Havre de Grâce, des passeports de sa Majesté à tous Capitaines et Maistre de Vaisseaux que ses sujets enverront à la pêche des Morues sur les Mers de Terre-Neuve (…), ainsi que, trois livres pour chaque tonneau des dits vaisseaux.
En ce qui concerne la marine de commerce, je n'ai pas trouvé de date plus ancienne concernant l'instauration d'une prime d'incitation à l'armement. Ce n'est peut-être pas la première, mais ce système d'incitation financière durera, certes de façon irrégulière et variable en valeur, jusqu'à la fin des armements français à la grande pêche
Août 1681 - La Grande Ordonnance de Colbert
Poursuivant son œuvre en faveur d'une Marine royale et commerciale forte et mieux organisée, il engage une réforme profonde et, au mois d'août 1681, à Fontainebleau, fait promulguer une Ordonnance royale qu'on appelle un peu bêtement "La Grande Ordonnance de Colbert" ; un chef-d'œuvre législatif, texte fondateur dû en grande partie à Lambert d'Herbigny, et composé en cinq Titres :
Ce texte législatif est imposant, il légifère sur toues les expériences maritimes et commerciales que Cobert à mises en place depuis son entrée au service du roi en 1661. Je ne citerai que les aspects novateurs, touchant la marine de commerce et qui, pour certains, nous concernent toujours.
Par son Livre 1er - Des officiers de l'Amirauté et de leur juridiction. Elle redéfini et organise le rôle des "Amirauté", ces tribunaux maritimes qui rendent la justice dans les affaires, tant au civil qu'au criminel. Elle met en place une tutelle juridictionnelle, définissant neuf Amirautés Générales, sous la dénomination de "Tables de marbre", rattachées à l'Amirauté de France ; comme celle de Rouen, dont dépendent les Amirautés Particulières de Dieppe, Fécamp, Saint-Valéry-en-Caux, etc.
Par son Livre II - Des gens et des bâtiments de mer. Elle reprend, développe et réglemente plus précisément, tout ce qui a trait à ce qu'on a appelé l'Inscription Maritime, disposition humanitaire s'il en est.
Elle dispose également de la création du Brevet de capitaine au long cours, désormais exigé : "(…) pour le commandement des navires armés pour les navigations lointaines", et introduit une distinction entre les capitaines qui arment pour la course, ceux qui arment pour le long cours, la pêche à la baleine ou la pêche à la morue,
Elle dispose de l'obligation de création d'Écoles d'hydrographie dans chaque port du royaume : "(…) pour que dans toutes les villes maritimes du royaume, il y ait des professeurs d’hydrographie pour enseigner publiquement la navigation".
Elle définit le “Tonneau d’encombrement”, ou “Tonneau de mer”, unité de jauge française unique, équivalent à 42 pieds cube, soit 1,440 m3, qui remplace une quantité invraisemblable d'unité de mesure employées jusque-là. Ce tonneau de jauge sera utilisé pour le calcul des primes à la navigation mais aussi, bien évidemment, pour le calcul des taxes portuaires entre autres.
Devant les conditions de vie, d’hygiène et de santé déplorables faites aux marins, et à ceux de la grande pêche en particulier, elle fixe pour la première fois des prescriptions de sécurité pour les navires et de protection sanitaire pour les équipages. Elle prescrit qu'un chirurgien sera embarqué sur les navires armés au long cours ou à la grande pêche, ayant à bord plus de vingt hommes d'équipage, précisant que : (...) les propriétaires des navires seront tenus de fournir le coffre du chirurgien, garni de drogues, médicaments, onguents et autres choses nécessaires pour le pansement des malades, et au chirurgien les instruments de sa profession". Texte appliqué sans difficultés sur les navires de la Marine royale - c'est déjà quelque chose - mais de peu d'effet sur les navires de commerce. Hors mis pour les navires baleiniers, on sait que longtemps, les armateurs ne respecteront pas ces consignes médicales élémentaires, encore moins sur les navires terre-neuviers.
Par son Livre IV - De la police des ports, côtes, rades et rivages de la mer. Elle codifie la propriété du littoral : "(…) comprenant le bord et rivage de la mer", qui appartient intégralement et sans exception au royaume, et précise le régime qui lui est applicable : "Faisant défense à toutes personnes de bâtir sur les rivages de la mer, d’y planter aucuns pieux, ni d'y faire aucuns ouvrages (…), à peine de démolition des ouvrages, de confiscation des matériaux et d’amendes arbitraires".
Ce principe toujours applicable aujourd'hui, constitue le fondement de la gestion par l’État du Domaine Public Maritime, renforcée par notre récente Loi Littoral, pas forcément bien respectée.
Par son Livre VI - De la pêche qui se fait en mer
En quinze articles, elle traite, entre autres, des pêches de la baleine, de la morue, du hareng et de la pêche côtière.
Je vous passe tous les articles de simple police réglementant les prérogatives et attributions antérieures (...) du capitaine arrivé le premier au Havre de pêche, histoire longue et compliquée qui pourrait faire l'objet d'un autre exposé. Ce qui est important, c'est qu'elle prescrit la déclaration obligatoire du tonnage des bâtiments : (…) afin d'empêcher les armateurs d'envoyer des navires qui, par la faiblesse de leurs dimensions, pourraient compromettre la sûreté des équipages".
Les navires destinés à Terre-Neuve doivent jauger au moins 80 tonneaux et, de plus, elle interdit d'embarquer plus d'un homme par tonneau de jauge ; texte bien peu respecté par les armateurs. Cela peu vous paraître bizarre, si vous faite le rapprochement, 80 personnes sur un navire à peine plus grand que Tante-Fine pour traverser l'Atlantique, on n'imagine mal les conditions du voyage. Mais ce n'était pas rare pour les armateurs malouins ou granvillais qui avaient des établissements sur le côtes de Terre-Neuve et, pratiquant la pêche sédentaire, avaient un grand besoin de main-d'œuvre sur place.
Cette évocation est trop succincte pour mesurer ce qu'il y a de novateur dans cette Ordonnance, ce qu'elle contient d'humanité, notamment dans son livre II, qui traite des gens de mer. Elle sera pour longtemps le socle de toutes législations relatives à la Marine et on l'a vu, aujourd'hui encore certaines de ses dispositions touchent le monde maritime.
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Jean-Baptiste Colbert est mort à 64 ans, au soir du 6 septembre 1683, dans sa maison de la rue Neuve des Petits-Champs, à Paris, perte insigne pour le royaume et plus, peut-être encore, pour la Marine.
Louis XIV sera le monarque le plus puissant du monde en grande partie grâce à Colbert qui, avide pour lui et les siens était, à juste titre, comblé de pensions et de traitements par le roi. Mais il était avare des deniers de l'Etat et s'attaquera aux privilèges, ce qui lui valut l'hostilité des courtisans. On sait aussi que, contrôlant les dépenses de Guerre, il mécontenta Louvois qui le desservit auprès de Louis XIV, et que depuis 1672, il était en demi-disgrâce.
Jean-Baptiste Colbert a réformé les finances, développé le commerce, réduit la taille, l'impôt des roturiers, de 33 %, supprimé des douanes intérieures, créé la Ferme Générale, en 1680. Il a simplifié la comptabilité publique et promulgué de grandes Ordonnances. Il a créé l’Académie de peinture, sculpture et architecture, qu’il plaça au Louvre, en 1664 ; l’Académie des Sciences qu'il assembla avec la Bibliothèque du roi, en 1666 ; l’École des Langues orientales, le Cabinet des Médailles, l’Observatoire de Paris, l’Académie de France à Rome, etc. Il a enrichi le Musée du Louvre, agrandit le Jardin des Plantes et fut, jusqu’à sa mort, le véritable protecteur de l’Académie française, sans être académicien.
Sans doute autoritaire et exigeant, mal aimé, à son enterrement il fallut une escorte de gardes armés pour protéger son cortège funèbre de la colère du peuple.

Etienne Bernet