GANDHI, apôtre de la non-violence

Conférence de Michel Jourdren



Delhi, 30 janvier 1948, le soir tombe sur la capitale indienne. A Birlal House, c’est l’heure de la prière publique. Gandhi traverse le jardin, à la rencontre des fidèles. Il joint les mains en namasté, la salutation traditionnelle, tandis que s’avance un jeune homme. Un brahmane de la caste des prêtres. Il salue le petit homme vêtu du dhoti. Et , sortant un pistolet de faible calibre, fait feu trois fois en direction de Gandhi, qui chancelle. Sa main cherche appui, ses lèvres remuent, laissant passer dans un souffle léger ; Haj Ram, « salut Dieu » Le corps glisse à terre. Gandhi, 79 ans, meurt sous les balles d’un hindou fanatique, Nathuram Godse. Pour ses funérailles, ses fidèles se rassemblent par millions à Delhi. A leurs yeux, Gandhi a déjà atteint la perfection.
« Le Mahatma est immortel ! » crient-ils tandis que ses cendres sont dispersées dans les fleuves sacrés de l’inde.

Gandhi en Août 1942 (source wikipédia)


Porbandar, 2 octobre 1869 Dans ce petit port, au nord de Bombay, Mohandas Karamchand Gandhi voit le jour dans une famille aisée, sur une presqu’île de la mer d’Oman. A Porbandar, religions et sectes religieuses vivent en paix. Dans le port se croisent des marins arabes, africains ou indiens. La famille régnante, descendante des Moghols, est musulmane. Le chef du gouvernement est issu d’un clan hindou. La langue, le gujariti, mêle l’hindi, le persan et l’arabe. La mère de Mohandas est « pranamie » une secte tolérante tournée vers un syncrétisme islamo-hindouiste.
Mohandas vit une enfance pleine d’insouciance. Il se marie à 13 ans ! Orphelin a seize ans, il sait que dans l’Inde colonisée par les Britanniques, s’il reste sans diplômes, il a peu de chance de succéder à son père au poste prestigieux de diwan, le plus proche collaborateur du prince qui règne sur la ville. Il part étudier le droit à Londres, privilège rare pour un Indien en cette fin du XIXe siècle.
Londres, septembre 1888 Dans l’Angleterre victorienne se côtoient socialistes et impérialistes, végétariens et membres des ligues contre la vivisection, athées et théosophes.
Indien jusqu’au bout des ongles, il se laisse emporter par le tourbillon de la vie londonienne. Mohandas Gandhi, avocat frais émoulu du barreau de Londres, rentre en Inde. Mais pas pour longtemps. Un homme d’affaires indien lui confie ses intérêts en Afrique du Sud, et Gandhi saisit l’aubaine
Afrique du Sud, 21 mai 1893 L’élégant jeune homme de 24 ans, qui se cale sur la banquette de moleskine d’un wagon de première classe dans le train reliant Durban à Pretoria, c’est Mohandas. L’avenir lui sourit, croit-il. C’est mal connaître le pays et ses lois. Le train vient de quitter la gare et déjà un contrôleur blanc ordonne au jeune avocat de quitter le wagon pour rejoindre la troisième classe, réservée aux coolies. Par cette humiliation, Mohandas découvre le racisme et l’injustice. Il crée un parti, fonde un journal, se lance dans la défense des intérêts de sa communauté, nombreuse en Afrique du Sud et sous domination britannique, comme l’Inde. Le militant est né. Il fait de son métier une arme efficace, gagne des procès, est bientôt un avocat prospère.
Devant les massacres, viols, crimes atroces, Gandhi change. C’est la révélation : sa mission est de propager la vérité et la non-violence, une discipline présente dans les textes philosophiques de la littérature hindouiste, jaïniste et bouddhique.
1915 Après plus de 20 années passées en Afrique du Sud, Gandhi retrouve sa terre natale, où il est accueilli en héros. Il installe sa famille dans sa région d’origine, le Gujarat et, pendant un an, parcourt son pays en train, en troisième classe ! Bapuji, se met à l’écoute du peuple des ouvriers et des paysans. Son ami, le poète Tagore, prix Nobel de littérature, lui trouve le surnom de Mahatma «  la grande âme » qu’on accolera désormais au beau nom de gandhi. Quand, en 1916, les ouvriers du textile de sa région se mettent en grève, Gandhi annonce qu’il va jeûner jusqu’à satisfaction de leurs revendications. C’est le premier « jeune à mort » En trois jours, il remporte ce combat et, dès lors, le jeûne devient son arme la plus redoutable, celle qu’il va utiliser encore et toujours, au prix de sa santé. L’ascèse est totale et Gandhi présent partout où il le faut. Arrêté, il est mis en prison. A chaque fois, il en ressort avant d’être à nouveau jeté au cachot. Londres est exaspéré. Churchill stigmatise ce  «  fakir à demi nu » qui traite d’égal à égal avec le roi-empereur. Mais rien n’arrête le prophète.
Le matin du 12 mars 1930, Gandhi quitte son ashram, accompagné de quelques dizaines d’hommes. La « marche du sel » vient de commencer. La mer d’Oman est à 250 km. La marche du Sel,en donnant le signal de l’insurrection pacifique, va subvertir l’Inde tout entière.
Le 15 août 1947, l’Inde, ce joyau, quitte la couronne britannique. Elle fête son indépendance mais les massacres entre hindous et musulmans font rage et la partition redoutée est Anglais, se trouve amputée du Pakistan. Pour le Mahatma, qui n’a jamais renoncé à la réconciliation, c’et l’aboutissement d’un combat et la fin d’un rêve.