La fonte des glaces et le réchauffement climatique.
Conférence de Pierre DUMONT
D’un côté il y a la météorologie qui nous permet de suivre les prévisions météo avec le temps qu’il va faire.
De l’autre côté il y a la climatologie : c’est l’étude de l’ensemble des données météorologiques sur lesquelles les scientifiques planchent
pour nous offrir une visibilité climatique.
Et avec le réchauffement climatique justement les scientifiques commencent à être désabusés, les scientifiques et les climatologues restent
alarmistes car le scénario climatique ne prend pas belle allure et les scénarii envisagés nous amènent à 2080, peut-êre pas plus loin pour
ne pas envisager le pire ! Quoique les avis divergent…
D’après Hubert Gallée, climatologue au laboratoire de Glaciologie de Grenoble, groupe Modélisation Atmosphérique « Nous allons de surprise
en surprise ». Ce chercheur belge de 53 ans va nous éclairer sur ce vaste sujet mal défini.
La glace et la fonte glaciaire sont sa spécialité. Mr Gallée est diplômé de l’Université de Louvain en Belgique. Il a longtemps travaillé
sur l’Antarctique en analysant les conséquences du réchauffement climatique et ses études se sont portées petit à petit sur la fonte des
glaces du Groenland.
Son premier constat à partir des simulations numériques qu’il réalise c’est qu’il y a plus de fonte dans le Groenland depuis les années 80.
Aujourd’hui il définit « la situation comme inquiétante mais non surprenante, car si les phénomènes en effets s’accélèrent et il n’en va pas
de même de la part de l’homme qui ne réagit pas aussi vite et se laisse volontiers surprendre par ces phénomènes ».
« Je crée des modèles et j’utilise tous les champs possibles afin de faire des analyses et d’envisager les scénarii possibles.
Nous avons ainsi au moins quatre scénarii d’émission de gaz à effets de serre, mais nous avons toujours une fourchette d’incertitude :
seul responsable le comportement humain qu’on ne peut pas prévoir et c’est lui le plus gros fautif du réchauffement. Mais bien sûr on peut
prévoir des choses plausibles ».
Et Hubert Gallée partage l’avis général des scientifiques et en particulier sur ce qui se passe au Groenland, un territoire de plus de 2
millions de km2 recouvert à plus de 80% de calotte glaciaire qui commence à fondre. Au Groenland où la température la plus chaude est de 7°
en juillet, le phénomène semble s’être amorcé depuis le début des années 80 et n’a fait que s’accélérer depuis ces 25 dernières années selon
les observations. La hausse des températures s’accompagne d’une intensification de la fonte de la calotte en été. Ce serait ainsi environ 80
kilomètres cubes de glace ( pour un total estimé à 3 millions de kilomètres cubes) que perdrait le territoire danois chaque année.
« La fonte est encore faible et d’ici la fin du siècle ce n’est pas la fonte du Groenland qui interviendra sur l’élévation du niveau de la
mer, puisqu’elle aura apporté à l’océan 1 cm en 2040 et 4 cm en 2100 »
Mais 2007 est une année catastrophique où tous les records de fonte ont été battus, à tel point que les scientifiques se demandent s’il n’y a
pas eu un phénomène d’emballement non prévu par les modèles. C’est un peu tôt pour le dire car on ne peut se reporter seulement sur l’année
2007 pour discuter les 10 à 15 années suivantes. Mais on ne peut pas dire non plus « On ne s’y attendait pas », non , on ne peut pas dire
ça ! L’eau de fonte du Groenland se déverse dans l’océan Atlantique et commence à modifier ses propriétés. Même si aujourd’hui l’augmentation
des précipitations en Atlantique Nord est le phénomène qui prime, une accélération de la fonte du Groenland est un point très important. C’e
qui est sûr est que le transport de chaleur par les courants marins va être malmené par les tonnes d’eau douce qui se déversent de plus en
plus dans l’océan.
Cette hypothèse de ralentissement de la circulation océanique est prise très au sérieux par les scientifiques. Et concrètement voilà ce que
cela donnerait :à parler du fameux gulf stream.
Le gulf stream fait partie des courants marins qui répartissent la chaleur autour du globe, tout comme l’atmosphère. D’après des calculs, les
courants océaniques relâchent à nos latitudes en hiver une bonne partie de la chaleur emmagasinée sous les tropiques. Voilà pourquoi nos
hivers sont doux. Va-t-on pour autant vers un renversement de la situation ?
« Il ne faut pas y compter : s’il y a un ralentissement de la circulation atlantique, cela ne se traduira que par une atténuation du
réchauffement climatique en Europe, et seulement en hiver. Par contre, l’océan Atlantique pompera moins de dioxyde de carbone émis par
l’homme. Et celui-ci restera en plus grande quantité dans l’atmosphère ».
Alors gare à l’emballement de la machine climatique…
Les chercheurs estiment que le processus de réchauffement est auto-entretenu. Les eaux plus chaudes de l’Atlantique et du Pacifique remontent
vers le nord et accentuent la fonte des glaces. Or la banquise, grâce à sa couleur blanche réfléchit 85% du rayonnement solaire et contribue
à réduire le réchauffement climatique, l’eau ne renvoyant que 7% de ces rayonnements. Selon ces scientifiques, il est peut-être trop tard pour
contrer le réchauffement et permettre à court terme à la banquise de se reformer au niveau d’il y a 25 ans.
En outre, les scientifiques qui surveillent les glaciers ont constaté que les déplacements de gigantesques blocs de glace créent des ondes de
choc entraînant l’apparition de tremblements de terre ayant atteint le niveau 3 de l’échelle de Richter.
La fonte des glaces s’est accélérée à tel point qu’un rapport des Etats-Unis publié cette année est déjà obsolète de l’aveu même de ses
auteurs.
L’expert américain Robert Correl, l’un des contributeurs majeurs du rapport sur le changement climatique publié par le Groupe
Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) en février , qualifie cette accélération de « massive ».
Les estimations sur l’élévation vraisemblable du niveau de la mer au cours du siècle varient , et le GIEC a publié une prévision prudente
allant de 20 à 60 centimètres. Mais cette estimation est désormais largement remise en cause par de nombreux scientifiques qui pensent que les
données collectées depuis la publication de ce document suggèrent plutôt une élévation proche de 2 mètres.
Le professeur Corell affirme qu’existe un consensus pour considérer que s’est produit une augmentation significative de la perte de volume de
glace depuis cette publication.
Ces informations ont été rendues publiques à l’occasion d’une conférence qui a rassemblé à Lluissalat, dans le nord du Groenland des
scientifiques, des écologistes et des responsables religieux. Le fjord de Lluissalat abrite l’un des glaciers les plus actifs du Groenland.
C’est un des immense icebergs qui s’en détachent quotidiennement qui aurait pu couler le Titanic. L’arctique est désormais la région du globe
qui connaît le réchauffement le plus rapide.
Dans le fjord de Lluissalat, qui est situé à 250 km. du cercle polaire, le mouvement du glacier est visible à l’œil nu. « Il se déplace à 2 m.
à l’heure » précise le professeur Correl. Il s’échappe comme de la pâte dentifrice qui se répand vers nous à raison de 15 km. par an ».
La quantité d’eau provenant de ce glacier en une journée serait suffisante pour suffire aux besoins des plus grandes villes du monde durant
un an. Llussalat ne représente pourtant que 7% de l’ensemble de la fonte des glaces du Groenland.
Avec la fonte se forment des mares qui ont pour résultat d’élargir les fissures des glaciers à travers lesquelles l’eau peut descendre
jusqu’au niveau de la roche.
« La quantité de ces moulins, comme nous les appelons, est phénoménale » dit le professeur Correl, qui ajoute que ces formations étaient fort
peu nombreuses lors de ses premières visites du glacier en 1968.
« Aujourd’hui ils ont 10 à 15 m. de diamètre et ont en voit des milliers ».
Comme vous pouvez le constater, les experts ne sont pas unanimes sur l’importance des désordres imputables au réchauffement climatique, mais
sont d’accord pour prévoir des modifications importantes concernant notre planète dans les prochaines décennies.
PIERRE DUMONT