
La découverte de cette statue a été un choc pour les florentins. Il fut baptisé « le géant » et fut installée devant le palais de la Signoria.
La République lui commande en même temps la réalisation d’une fresque pour l’Hôtel de ville. Michel-Ange devait peindre un mur et Léonard de Vinci l’autre. Chacun avait choisi une bataille célèbre toscane mais les fresques ne seront jamais réalisées et les cartes de dessins serviront de modèles à des générations d’artistes.
A cette période, Léonard peint la Joconde et provoque Michel-Ange en criant haut et fort la supériorité de la peinture (« cosa mentale ») sur la sculpture. Mais Michel-Ange répond « La sculpture est la Quoique".
Ne se sentant pas peintre, Michel-Ange se lança dans cette nouvelle tâche avec une incroyable énergie. Le pape lui demande de peindre les douze apôtres, il crée plus de 300 personnages.
« Je vis ici dans une grande angoisse, avec une très lourde fatigue corporelle et n’ai aucune sorte d’amis et n’en veux pas. Je n’ai pas assez de temps pour manger comme il faudrait. » Ainsi écrit-il à son frère en 1509 sur son état pitoyable.
Il peint 7 prophètes et 5 sibylles (femmes inspirées qui transmettaient l’oracle des Dieux) et un grand nombre de personnages tirés de l’Ancien Testament.
Après un an ½ passés sur l’échafaudage qu’il avait lui-même construit et après de sérieuses disputes avec le pape Jules II, Michel-Ange livra officiellement sa grande œuvre à l’admiration de tous en 1512.
Raphaël admiratif rajoutera son portrait au centre de « l’Ecole d’Athènes ».
Encore notre cher Vasari, biographe et ami de Michel-Ange. « Dieu le père est porté par un groupe d’angelots nus qui ne se contentent
pas de soutenir le corps mais paraissent aussi supporter le poids du monde. »
En effet, le lourd manteau du créateur flotte et se creuse en forme de coquillage protégeant du vent ceux qui l’accompagnent. Les angelôts se serrent autour de lui avec confiance et tendresse.
Dieu serre la jeune femme de son bras gauche tandis qu’elle regarde avec curiosité Adam qui s’éveille. Il s’agit probablement d’Eve quoique pas encore créée.
Adam est d’une beauté surnaturelle dit notre Vasari. Il tourne son regard vers Dieu et tend la main avec effort comme s’il était endormi et pas encore vivant.
On perçoit une tension, une concentration dans le bras jusqu’à l’index de Dieu comme pour transmettre à Adam toute son énergie en lui insufflant la vie.
La fatigue due à son acte est visible : front plissé, sourcils froncés, minces rides autours des yeux. La chevelure grise flotte au vent et l’artiste a travaillé par petits coups de pinceaux fins comme si l’œuvre devait être un jour vue de près.
Superbe est la façon dont Dieu donne la vie à sa créature, d’un doigt. L’artiste parvient à rendre perceptible un acte de création abstrait ce qui en fait une représentation universelle du thème de la création de l’Homme .
Avant la commande des fresques de la Sixtine, en 1505, Michel-Ange s’était vu attribué la commande la plus glorieuse de sa carrière. Le pape Jules II lui commande un tombeau monumental qui allait devenir le pire cauchemar de Michel-Ange pendant 30 ans.
Pour cette commande, puis celle de l’Eglise San Lorenzo, Michel-Ange passera 3 ans dans les conditions de vie misérables, dans les carrières de Carrare pour choisir et faire transporter les blocs de marbre du tombeau.
D’accord en désaccord avec le pape puis avec sa famille après la mort de celui-ci, le tombeau de Jules II, grandement rétréci par rapport au projet initial, fut achevé en 1545.
San Lorenzo. 1516 – 1534.
C’est à Florence, sa ville natale, que Michel-Ange entama ses premiers travaux d’architecte sur ordre pontifical de Jean de Médicis, Leon X pour l’église San Lorenzo. Michel-Ange doit se consacrer à la chapelle funéraire des Médicis puis de la bibliothèque laurentienne et entreprend les plans de fortifications pour la république florentine.
C’est de cette époque, 1532, que date le début de son amitié (amoureuse) pour Tommaso Caralieri pour lequel Michel-Ange a écrit de magnifiques poèmes et fit de superbes dessins.
C’est au seuil de la vieillesse que Michel-Ange commença à cultiver ses amitiés. Il avait toujours habité seul, ne tolérant la présence que d’un seul domestique (Urbino) et ne vivait que pour son Art.
Plus tard, il aura pour amie intime et très chère, Vittoria Colonna avec qui il entretint une amitié platonique, enrichit d’échanges intellectuels et d’ordre religieux.
Dans sa vieillesse, Michel-Ange se consacra surtout à l’architecture. Paul III le chargea de poursuivre les travaux de Saint Pierre de Rome [voir Bramante] et la reconstruction du Capitole.
Bien que devenu riche, l’artiste le plus demandé de Rome vivait dans une maison plutôt pauvre. Une grande partie de ses gains est partie à Florence en aides diverses à sa famille. Lorsque mourut son fidèle serviteur Urbino, sa veuve et ses enfants purent compter sur l’argent que leur versa Michel-Ange.
Paul III se fit construire une chapelle privée et Michel-Ange avait 75 ans quand il termina la dernière des deux fresques monumentales. Les 2 fresques se font face et représentent la vie des deux apôtres Pierre et Paul. Fait rare chez l’artiste, l’artiste a peint des chevaux. Il y a en effet, peu d’animaux dans l’œuvre de Michel-Ange.
Mourut le 18 février 1564 à Rome. Il avait 89 ans. Ses amis les plus proches l’entourèrent sur son lit de mort. Ses dernières paroles furent pour Vasari. D’après lui, Michel-Ange remit son âme à Dieu, son corps à la terre et ses biens à ses proches. Il fut inhumé à Florence et ses disciples lui érigèrent un tombeau dans l’église de Santa-Croce à Florence.
On peut affirmer que Michel-Ange est un des plus grands génies artistiques de tous les temps. C’est dire tout le plaisir que j’ai eu à réunir ces quelques notes, qui j’espère vous auront intéressées, car au-delà de l’artiste, et constamment on sent vivre l’Homme dans sa passion, dans son enthousiasme, dans ses souffrances, dans ses doutes et dans son idéal.
Il a su à travers son œuvre, faire passer son message plein d’humanité.
Michel-Ange nous a laissé quelque trois cents poèmes, jetés parfois parmi les croquis d’une feuille d’étude ou au revers d’une lettre, écrits de jeunesse et de vieillesse, madrigaux, sonnets, quatrains.
Les deux plus fécondes périodes appartiennent à des compositions dédiées à Tommaso de Cavalieri, à Vittoria Colonna, les deux amours de sa vie.
Puis, dans la dernière partie de sa vie, c’est le motif religieux qui prédomine. Avec une sobriété bouleversante, Michel-Ange déplore ses péchés et implore Dieu de l’aider à renoncer au Monde.
« -Avec les biens du monde, fais moi prendre en haine
Les beautés que j’ai cultivées et honorées
Afin qu’avant la Mort j’aie la vie éternelle. »
Cette remarquable conférence était illustrée de nombreuses reproductions de peinture et, de sculpture et d’architecture , que Philippe Trannoy faisait apparaître au fur et à mesure des commentaires.