VAUBAN
Pourquoi parler de Vauban, aujourd’hui ?
-D’abord c’est un des destins les plus passionnants et les plus riches du 17e siècle
-Ensuite une raison de commémoration : c’est l’année Vauban puisque nous célébrons le tricentenaire de sa mort et que de nombreuses manifestations dans diverses villes de France ont commencé depuis le début de l’été.
-une raison de défense du patrimoine, puisque « 11 Sites majeurs de Vauban » sont candidats au Patrimoine Mondial de l’Unesco depuis juillet dernier. La réponse à cette demande d’inscription au patrimoine devrait être donnée en Juillet 2008. Elle concernera des citadelles ou villes fortifiées par Vauban principalement dans le Nord, dans l’est et dans le midi de la France
-Enfin c’était véritablement un « honnête homme » au sens classique du mot, avec une profonde éthique qu’il voulait appliquer aussi bien à l’armée bien sûr, qu’aux impôts, à la navigation, à la religion. Il a par exemple proposé un système de canalisation reliant toutes les rivières navigables de France. Il sera réalisé d’ailleurs 2 siècles plus tard par le ministre Freycinet ! Ses vues en matière diplomatique sont très intéressantes puisqu’il ira jusqu’à proposer une monnaie européenne unique, 3 siècles avant que l’euro ne voit le jour ! Et pourtant on ne connaît de Vauban le plus souvent que l’art militaire or il fut en fait à la fois un architecte, un urbaniste, un scientifique, un chercheur, un mécanicien, un agronome, un économiste, un politicien qui fut élu membre honoraire de l’Académie des Sciences en 1699. Ce touche à tout de génie, on dirait de nos jours un aménageur du territoire, réussissait tout ce qu’il entreprenait.
Alors qui est Vauban ?
Sébastien le Prestre de Vauban est né le 15 mai 1633 à Saint Léger de Foucherets (devenu maintenant Saint Léger Vauban) dans le Morvan, d’une famille de petite noblesse.
Paradoxalement il commence sa longue carrière en affrontant les armées du jeune Roi Louis XIV,qu’il allait ensuite si bien servir durant plus de 50 ans.
Engagé, à 18 ans, comme cadet au régiment du Prince de Condé, il est dans le camp des Frondeurs.
Mais il a déjà été repéré par Mazarin qui le convainc de se rallier à la cause du Roi, ce que fit Vauban après l’arrestation de Condé en 1650.
De 1653 à 1659, il participe à 14 sièges. En 1655, donc à 22 ans, il est nommé ingénieur du roi. Il réfléchit alors à améliorer les procédés d’attaque des places qui lui semblent trop coûteux en hommes et durant de nombreuses années il va améliorer sans cesse les règles, préconisant l’adaptation du tracé bastionné au terrain et l’échelonnement de la défense en profondeur.
Avec ce système, en 1667, il réussit à prendre Tournai, Douai et Lille en 9 jours.
A partir de 1668, il exerce la fonction de Commissaire Général des Fortifications. Il exerce sa mission sur les frontières terrestres qui dépendent de Louvois et sur les frontières maritimes et les ports qui dépendent de Colbert.
Avec la guerre de Hollande en 1673, il se lance dans la réalisation de ce qu’il appelle le « pré carré » ( c’est la France ) c’est-à-dire réduire le nombre de places pour ne conserver que les plus fortes qui ne sont pas isolées en territoire ennemi protégeant ainsi efficacement le royaume. Pour ce faire, Vauban recommandera une double ligne de places fortes barrant la plaine des Flandres.
Il dénonce depuis plusieurs années le travers des soldats qui s’exposent inutilement par bravade comme d’Artagnan qui trouvera la mort en attaquant à découvert un bastion ennemi. En 1673, le siège victorieux de Maastricht donne à Vauban l’occasion d’illustrer sa nouvelle méthode d’attaque des places et sur le plan personnel, le roi lui donne une forte dotation qui lui permet d’acheter le château de Bazoches dans la Nièvre.
En 1684, il prend en moins d’un mois la forteresse de Luxembourg.
Il est nommé Lieutenant général en 1688.
En 1689, il écrit un mémoire où il désapprouve la révocation de l’Edit de Nantes au nom de la Liberté de conscience.
En 1703, Louis XIV le fit maréchal de France.
En 1707, il publie son projet de Dîme Royale préconisant l’impôt unique.
Mais il meurt la même année à l’âge de 74 ans.
Vivant à la fin de sa vie au château de Bazoches, son corps repose dans la petite église du village tandis que son cœur se trouve depuis le 8 mai 1808 au Dôme des Invalides à Paris, par décision de Napoléon.
Pour vous résumer l’oeuvre de Vauban en quelques chiffres : Vauban c’est : une participation à 50 sièges, 300 places fortes remaniées, 30 places fortes construites ex nihilo, 30 projets qui seront réalisés pendant les 10 années suivant sa mort. Une oeuvre présente dans 16 régions de France dont la Bretagne et un peu la Basse Normandie où 28 sites portent sa marque.
C’est aussi 64 plans reliefs qu’il a réalisés à l’initiative de Louis XIV et de Louvois qui palliaient la qualité insuffisance des cartes et qui sont conservés à l’Hôtel des Invalides et 16 au Palais des Beaux Arts de Lille.
C’est finalement 108 000 km parcourus durant sa vie !!
Histoire des Fortifications
Les fortifications primitives en terre et en bois : époque grecque et romaine
Le moyen de se protéger de l’ennemi est trouvé très tôt dans l’histoire avec la palissade en bois et le talus de terre. Mais l’homme invente vite des moyens pour franchir cet obstacle. Le premier instrument de siège est l’échelle qui permet d’escalader les murailles.
Le mur étant difficile à défendre d’en bas, on invente le chemin de ronde qui permet d’être protégé de l’extérieur par le parapet, plaçant les défenseurs dans une positon avantageuse pour le corps à corps et le tir. Entourant les habitations, l’enceinte est alors circulaire, constituée par des assemblages de pierres, de troncs d’arbres placés en longueur et de terre, très difficile à détruire car épais et donc résistant à des coups de bélier et insensibles au feu ;
Apparition de la maçonnerie : des Arabes à la fin de l’empire romain
L’invention de la brique séchée au soleil révolutionne l’art de fortifier, permettant de créer des murs beaucoup plus hauts, donc plus imprenables par escalade. L’utilité de protéger les maisons se double du besoin d’abriter les réserves de nourriture : En Assyrie, Ninive a des murs de 40m de haut !
L’apparition du bélier et des travaux de sape et de mine contre les murs obligent à construire ceux-ci avec plus de 10m d’épaisseur. Pour éviter un travail trop important, on construit deux murs parallèles et on comble l’intervalle avec de la terre. Ces nouveaux types de fortifications provoquent l’apparition des tours permettant de combattre par des tirs croisés l’angle mort où opèrent les sapeurs et le bélier. Le parapet se garnit aussi de créneaux qui permettent aux défenseurs de s’abriter entre deux tirs. Les villes ainsi fortifiées, deviennent imprenables : il n’y a que le siège et la famine pour les faire tomber.
Le fossé se généralise, empêchant l’assaillant d’amener une machine de siège au contact du mur ; 2e avantage : il fournit les matériaux pour la construction du mur et enfin il augmente par sa profondeur la hauteur du mur ;
Les forts classiques
Dans la 2e moitié du 15e siècle, le boulet métallique remplace le boulet de pierre. Plus lourd et plus dur que celui-ci il donne à l’artillerie une efficacité jusqu’ici inégalée pour ébranler et percer les remparts de châteaux.
Il faut donc arrêter l’assaillant le plus loin possible du mur d’enceinte et pour cela multiplier à l’avant les dispositifs qui retarderont sa progression :demi-lunes, contregardes, ouvrages à couronnes ou à cornes font leur apparition.
Dès le 16e siècle, La guerre d’indépendance hollandaise avait posé les bases des nouvelles manières de défendre les places fortes ; Elle introduit le glacis, une zone en pente douce, privée de tout couvert. Autre nouveauté : le chemin couvert qui sépare le fossé du glacis : il permet de déployer des mousquetaires pour fusiller tout assaillant qui s’aventurerait sur le glacis ; il est légèrement en contrebas des courtines principales qui sont armées par les canons de la place, ce qui permet l’étagement des feux. L’usage de la terre extraite du fossé redevient prépondérante dans la construction, la maçonnerie est employée principalement pour bâtir deux murs encadrant le fossé, l’escarpe côté courtine et la contrescarpe côté glacis (place de la contrescarpe….) La tour disparaît au profit du bastion entre lesquelles s’intercalent des demi-lunes.
Toutes ces nouvelles techniques sont formalisées en France dans un premier traité de fortifications écrit en 1600 par Jean Errard. ; Il y détermine les distances entre les ouvrages en fonction de la portée de l’arquebuse.
Le principe de l’échelonnement dans la profondeur est né. Il va être perfectionné par Vauban. Celui-ci va surtout donner ses lettres de noblesse à la fortification bastionnée dont les formes géométriques sont de plus en plus sophistiquées pour s’adapter aux nouvelles performances des grosses pièces d’artillerie.
Le principe de la défense à la Vauban perdurera jusqu’à la guerr e 14-18 avec la ligne Maginot.
La grande intelligence de Vauban sera d’adapter son système à chaque terrain et relief sans aucune systématisation et d’améliorer le système défensif ancien par une double enceinte de remparts, de forme pentagonale, reliée par une galerie souterraine.
Pour éviter qu’une fois un bastion pris, une face des deux bastions voisins ne soit plus défendue, il sépare les premiers remparts protégeant la ville de la deuxième ligne de défense où il aménage des batteries sur « cavaliers ».
Son perfectionnement ultime aboutira au 3ème système, à Neuf Brisach en Alsace, où il construit , ex nihilo, une cité dans un plan octogonal lui-même inscrit dans une étoile de 800m de diamètre, entourant une ville en damier.
Cette disposition permet une distribution parfaitement fonctionnelle des bâtiments publics et des habitations privées autour d’une place centrale carrée destinée aux manœuvres et aux parades. Seules les portes de la ville échappent à cette rigueur car Vauban tient à leur conserver un décor sculpté à la gloire du roi. Anne-Marie Kayali